En 2022, les marchés actions sont restés volatils et n’ont que peu évolué, fortement influencés par l’actualité et de multiples forces exogènes. Pour sortir de cette situation dans les mois à venir, nous aurons besoin d’un coup de pouce positif, qu’il s’agisse de la confirmation du pic de l’inflation, de la fin du relèvement des taux par les banques centrales, de la résolution de la tragique guerre en Ukraine ou, bien sûr, d’une récession plus modérée que prévu.
(Point de vue des directeurs des investissements de M&G Investments (Société de gestion))
La lumière au bout du « tunnel à la hausse des taux »
Pour l’instant, l’inflation reste la principale source de préoccupation des investisseurs.
Les récents chiffres sur le front de l’inflation aux Etats-Unis ont montré les premiers signes de plafonnement de la hausse des prix dans le pays, les taux d’intérêt plus élevés freinant la demande et les chaines d’approvisionnement revenant à la normale. Mais, dans la mesure ou les dépenses se tournent à nouveau vers les services à forte intensité de main-d’œuvre et que le marché de l’emploi demeure tendu, il est peu probable que la Fed opère un virage prononce. Les taux pourraient donc demeurer élevés pendant un certain temps.
Dans le même temps, nous n’observons pas encore de signes de pic de l’inflation dans d’autres pays développés. Les couts élevés des denrées alimentaires et de l’énergie exercent ainsi toujours des pressions haussières sur les prix et l’inflation en Europe et au Royaume-Uni.
Toutefois, nous commençons à entrevoir la lumière au bout du « tunnel de la hausse des taux », Les banques centrales étant susceptibles de cesser leurs relèvements au cours du premier semestre 2023.
Après les hausses de taux de 75 points de base de la Fed, de la BCE et de la BoE lors des dernières réunions, nous pourrions bien assister à une réduction (subordonnée aux statistiques) coordonnée de l’ampleur des hausses a l’occasion des prochaines réunions.
Mais, surtout, je ne vois pas comment les banques centrales pourraient adopter un discours moins offensif car elles risqueraient, de facto, d’assouplir les conditions monétaires en abaissant les anticipations à l’égard des taux d’intérêt, ce qui rendrait leur tâche plus difficile et les obligerait à resserrer davantage et plus longtemps.
Probabilité de récession
Si la confirmation d’un point culminant de l’inflation favoriserait une amélioration du sentiment des marchés, ces derniers deviennent dans le même temps moins préoccupé par la hausse des prix. Ce faisant, ils sont susceptibles de commencer à détourner leur attention vers la probabilité et l’ampleur d’une récession.
Ainsi, l’ampleur du ralentissement économique mondial va également figurer au centre des préoccupations au cours des prochains mois. Les anticipations de récession sont relativement fortes, notamment en Europe ou les prix élevés de l’énergie, l’inflation persistante et la hausse des couts d’emprunt sont susceptibles de freiner l’activité.
En règle générale, les marchés actions n’aiment pas les recessions.
Un ralentissement de l’inflation pourrait certes aider les marges bénéficiaires des entreprises, mais deux autres forces contraires vont toutefois agir en même temps : l’augmentation des couts de financement en raison de la hausse des taux d’intérêt et l’impossibilité pour les entreprises de relever davantage leurs prix dans un contexte de récession.
Pour les entreprises plus fragiles, la hausse des couts de financement pourrait créer de réelles difficultés financières.
Les investisseurs vont rechercher les entreprises dotées de la solidité financière et de la stratégie commerciale nécessaires pour résister à une éventuelle récession.
Un autre élément que nous surveillons de près est le risque géopolitique. Une résolution satisfaisante de la guerre en Ukraine, impliquant un accord et la levée des sanctions, aurait probablement pour effet de renforcer la confiance des investisseurs.
Les relations plus constructives qui ont suivi la rencontre de novembre entre les Présidents Joe Biden et Xi Jinping ont récemment amélioré le sentiment, mais cela ne signifie pas pour autant une absence totale de nuages. Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine devraient se poursuivre et nous nous attendons toujours à ce que Pékin réagisse aux restrictions technologiques imposées par Washington.
Être sélectif est déterminant
Alors, comment les investisseurs en actions peuvent-ils naviguer dans cet environnement pavé d’écueils que sont la hausse des taux d’intérêt, la détérioration des bénéfices des entreprises, le ralentissement de la croissance et la probable récession ?
Comme nous l’avions déjà fait observer plus tôt cette année, nous pensons que ce n’est pas un marché qui permet d’investir via une démarche top down, ce qui signifie que ce marché ne se prête pas une approche reposant sur de grands choix sectoriels ou géographiques.
Toutefois, selon nous, les marchés permettent toujours aux investisseurs actifs de générer de l’alpha, mais la sélectivité va s’imposer : privilégier les sociétés jouissant d’un bilan solide et d’un fort pouvoir de fixation des prix.
La récente saison des annonces de résultats nous a montré que des entreprises d’un même secteur ont pu témoigner de bénéfices très différents en fonction de leur exposition, de la maitrise de leurs couts, de leur gamme de produits et, en général, de la qualité de leurs dirigeants.
Ainsi, il demeure primordial de se montrer sélectif sur ce marché. Pour ce faire, il convient de rechercher des entreprises en bonne santé, dotées de fondamentaux solides et dont l’évolution du cours de l’action est injustifiée au regard de la vigueur de leur activité.
Au niveau des pays, nous identifions quelques opportunités sur tous les marchés. Mais, au Japon, ou la reforme et la restructuration des entreprises continuent de s’accélérer, nous pensons qu’il existe d’abondantes opportunités de sélection de valeurs. Nous trouvons également des opportunités intéressantes en Chine.
En dépit de l’une des plus fortes progressions jamais enregistrées par ce marché, nous pensons qu’il reste peu cher dans la mesure ou des actions témoignent de cours dignes de sociétés en difficulté et qui ne reflètent pas, a notre avis, les fondamentaux sous-jacents.
Nous continuons d’apprécier des thèmes à plus long terme tels que les énergies renouvelables (ainsi que les fournisseurs et les utilisateurs de technologies bas carbone) et les infrastructures (des dividendes plus élevés et croissants qui neutralisent l’inflation). Il s’agit de secteurs ou les dépenses d’investissement vont continuer d’augmenter indépendamment des conditions de marché actuelles.
Dans le cadre de nos stratégies diversifiées, nous avons allonge la duration sur la partie longue de la courbe des taux et surpondérons désormais le risque de taux. En termes d’exposition aux actions, même si nous nous trouvons désormais loin des points bas d’octobre, nous conservons cependant une modeste surpondération tactique qui s’explique par l’équilibre entre, d’un cote, l’amélioration de certaines récentes nouvelles (sur le front du risque géopolitique et de l’inflation) et, de l’autre, le fait que l’appréciation s’est avérée assez rapide et que la direction macroéconomique demeure trop incertaine.
L’investissement durable a de beaux jours devant lui
Du point de vue de la durabilité, les deux dernières années se sont révélées difficiles. La pandémie de Covid-19 a eu un impact significatif sur des domaines de développement tels que la santé, l’éducation et la pauvreté. Plus récemment, la crise énergétique et l’intensification de la crise du coût de la vie ont elles aussi conduit à des coups de canif dans des engagements durables. Par exemple, la flambée des prix du gaz après l’invasion de l’Ukraine par la Russie s’est traduite par une augmentation de la demande de charbon cette année en Europe.
Bien qu’il s’agisse probablement d’un phénomène temporaire, il représente néanmoins une entorse à l’ambition mondiale à plus long terme d’éliminer progressivement toute utilisation du charbon. Compte tenu des perturbations du marché de l’énergie causées par la guerre en Ukraine, de nombreux investissements alignés sur les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, ou liés à l’écosystème bas carbone, ont sous-performé leurs pairs à forte intensité carbone cette année.
En dépit de ces difficultés, je suis convaincue que l’investissement durable a de beaux jours devant lui, à tel point que je pense que, dans cinq ans, nous ne ferons plus de distinction entre les produits durables et non durables. Intégrer des critères de durabilité dans la manière dont nous investissons deviendra tout simplement monnaie courante.
La guerre en Ukraine a également mis en évidence la nécessité d’améliorer la sécurité énergétique et de diversifier les sources d’énergie, propulsant ainsi les énergies renouvelables sur le devant de la scène. Des initiatives gouvernementales telles que REPowerEU en Europe et la loi sur la réduction de l’inflation aux États-Unis consacrent des milliards de dollars au financement de la transition énergétique.
Et les États ne sont pas les seuls à prendre ces mesures. Les entreprises procèdent elles aussi à des investissements durables, conscientes de l’importance de se concentrer sur les objectifs de réduction du carbone à plus long terme. Et là où les capitaux vont, les opportunités d’investissement ne devraient pas manquer. Comme je l’ai mentionné dans un récent article sur la COP27, le renforcement de la collaboration entre les secteurs public et privé va également contribuer à créer des opportunités d’investissement.
Si l’on considère l’investissement durable à travers le prisme des ODD, le déficit de financement annuel des ODD est estimé à plus de 4 000 milliards de dollars américains. Le Rapport « Barème ODD » de M&G, produit annuellement par notre équipe Impact depuis 2020, révèle que l’ampleur actuelle des flux financiers destinés à la réalisation des ODD est insuffisante. La seule façon de combler ce fossé est que les secteurs public et privé intensifient leurs actions et orientent les capitaux vers la résolution des problèmes de durabilité mondiaux tels que la sécurité alimentaire, les inégalités en matière de santé, l’inclusion sociale, la perte de biodiversité et les déchets excessifs. L’issue de la récente COP27 a mis en évidence la portée de toutes ces problématiques et plus encore.
Point de vue d’un directeur des investissements de M&G Investments (Société de gestion)